Hommage à La Grèce, Terre d'Election



Calypso
Odyssée, Chant V - Homère





 
 
 
Hermès la trouva chez elle, auprès de son foyer où flambait un grand feu. On sentait du plus loin le cèdre pétillant et le thuya dont les fumées embaumaient l'île. Elle était là-dedans, chantant à belle voix et tissant au métier de sa navette. Autour de la caverne, un bois avait poussé sa futaie vigoureuse : aunes et peupliers et cyprès odorants, où gîtaient les oiseaux à la large envergure, chouettes, éperviers et criardes corneilles, qui vivent dans la mer et travaillent au large.

Au rebord de la voûte, une vigne en sa force éployait ses rameaux, toute fleurie de grappes, et près l'une de l'autre, en ligne, quatre sources versaient leur onde claire, puis leurs eaux divergeaient à travers des prairies molles, où verdoyaient persil et violettes. Dès l'abord en ces lieux, il n'est pas d'Immortel qui n'aurait eu les yeux charmés, l'âme ravie. Le dieu aux rayons clairs restait à contempler. Mais lorsque, dans son coeur, il eut tout admiré, il se hâta d'entrer dans la vaste caverne et, dès qu'il apparut aux yeux de Calypso, vite il fut reconnu par la toute divine : jamais dieux Immortels ne peuvent s'ignorer, quelque loin que l'un d'eux puisse habiter de l'autre. 

Dans la caverne, Hermès ne trouva pas Ulysse : il pleurait sur le cap, le héros magnanime, assis en cette place où chaque jour les larmes, les sanglots, le chagrin lui secouaient le coeur.

Calypso fit asseoir Hermès en un fauteuil aux glacis reluisants, et la toute divine interrogea le dieu. 

Calypso : "Tu viens chez nous, Hermès à la baguette  d'or ?...et pour quelle raison ? Je t'aime et te respecte. Mais ce n'est pas souvent qu'on te rencontre ici. Exprime ton désir  : mon coeur veut l'exaucer, si je puis le remplir, s'il n'est pas impossible."

Ce disant, Calypso approchait une table, la chargeait d'ambroisie, puis d'un rouge nectar lui faisait le mélange et, mangeant et buvant, le Messager de Zeus, le dieu aux rayons clairs se restaurait le coeur. Le repas terminé, Hermès prit la parole et lui dit en réponse.

Hermès : "Pourquoi je suis venu, moi, dieu, chez toi, déesse ? je m'en vais franchement te le dire : à tes ordres. C'est Zeus qui m'obligea de venir jusqu'ici contre ma volonté : qui mettrait son plaisir à courir cette immensité de l'onde amère ? et dans ton voisinage, il n'est pas une ville dont le peuple offre aux dieux, en un beau sacrifice, l'hécatombe de choix ! Mais quand le Zeus qui tient l'égide a décidé, quel moyen pour un dieu de marcher à l'encontre ou de se dérober ?... Zeus prétend qu'un héros est ici, près de toi, et le plus lamentable de tous ceux qui, sous la grande ville de Priam, étaient allés combattre. Aujourd'hui, sans retard il faut le renvoyer : c'est zeus qui te l'ordonne ; car son destin n'est pas de mourir en cette île, éloigné de ses proches."


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